jeudi 9 décembre 2010

A WildCat Christmas 2010





Il y a quelques jours, Joe Phillips m'a envoyé un lien sur facebook en me disant: "tu vas être le premier à entendre ceci". Ceci, c'est un disque de Noël édité par Joe sur son label WildCat. Venant de celui qui est un ami (et parfois producteur) de Mark Brine et Randy Burns, deux grands songwriters méconnus, de celui qui a publié un album live de Pearls Before Swine, qui a rédigé les notes du coffret de ce groupe légendaire, l'information ne pouvait être qu'intéressante.

Mark et Randy, mais aussi Tom Rapp (leader de PBS) sont présents sur ce qui aurait pu n'être qu'un rassemblement de has beens. On note aussi la participation de Carolyne Mas, connue dans les années 80 comme une Springsteen au féminin. John Michael Taylor (également acteur), Ed Askew (compagnon d'écurie de Tom Rapp dans les années 60 chez ESP Records) et Bill Chinnock (qui a chanté avant le Boss avec quelques-uns des musiciens du futur E Street Band) ont également une petite renommée qui, pour moi, se limite à leur nom. Les titres proposés, à trois exceptions près, ne font pas partie du répertoire traditionnel du genre.

Alors, j'écoute, avec intérêt. Dès le premier titre, "I wonder As I Wander", par Shane Murphy, c'est le choc. Le morceau est connu, mais je prends l'interprétation comme un coup de poing dans l'estomac. Puis c'est "Jesus", un titre live au ton humoristique par Tom Rapp. Au fur et à mesure que les morceaux défilent, je me rends compte que je n'ai pas affaire à un disque ordinaire. Ce n'est pas le Noël des contes de fée, celui de Disneyland, c'est le Noël des déshérités, des sans abri, des sans joie, mais pas des sans espoir. Car c'est bien un message de tolérance et d'espoir que les 17 plages (enregistrées entre 1973 et 2010, mais dégageant une étonnante impression d'unité)nous envoient. Je pourrais les citer toutes mais je me contenterai de faire un zoom sur quelques-unes.

"The Carol (No On Listens For)", titre déjà ancien de Mark Brine et "Old Fashion Christmas" de Randy Burns (extrait de son récent album "Hobos And Kings") démontrent qu'il est urgent de découvrir ces songwriters qui sont aussi des chanteurs sensibles et chaleureux.

"What Child Is This" (sur la mélodie de "Greensleeves") est un titre connu, mais l'interprétation de Doc Merwin est d'une force incroyable qui nous donne l'impression que nous l'entendons pour la première fois. Pour la petite histoire, Doc est un musicien et chanteur de 65 ans, un rebelle (comme il se qualifie lui-même) qui a beaucoup joué avec les autres et qui va publier en 2011 son premier album (sur WildCat Recording).

"On Christmas Morning", par Ed Askew (de son album "My Heart Starts Beating" paru en 2008), est le titre sans doute le plus étonnant de la compilation, tragique et bouleversant. Quelque part entre Tom Waits et Robert Wyatt, avec un piano, quelques percussions et un harmonium, Ed nous emmène dans un autre monde, sans que l'on s'en rende compte. Que celui qui peut rester insensible à l'émotion de ce titre sorte immédiatement de ce blog!

Et puis il y a Scott Severin, autre révélation, avec son "Xmas B & E", un rock enlevé.

Le disque se termine avec "Silent Night" par Bill Chinnock. Quelle banalité, me direz-vous. Eh bien, vous vous tromperez, car ce morceau justifierait à lui seul l'acquisition de l'ensemble, si le reste n'était pas de haut niveau. Bill était un chanteur extraordinaire, et les 5 minutes de sa présence suffisent à le démontrer. Bill Chinnock n'a pas pu terminer l'enregistrement de ce titre car, très malade, il est décédé alors qu'il voulait encore ajouter un second couplet, une chorale gospel. Joe Phillips dit qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre inachevé. Pour ma part, je n'entends que le chef d'oeuvre, sans me rendre compte de l'aspect inachevé. Un piano, un orgue, une voix, un saxophone... un monument!

L'album est disponible, en téléchargement seulement, sur le site de WildCat Recording (http://www.wildcatrecording.com/) pour la modique somme de 10,00$ (au bénéfice d'une association caritative).

Alors, faites un geste au profit de ceux pour qui Noël ne doit pas être un jour de désespoir ordinaire.

Et puis faites-vous plaisir car "A WildCat Christmas 2010" est le plus beau disque de Noël qu'il m'ait été donné d'entendre, le plus fort, semblable à aucun autre du genre.
A few days ago, Joe Phillips sent me a link on facebook, telling me: "you'll be the first to hear this". This was a holiday disc published by Joe on his own label WildCat. As it came form a friend (and sometimes producer) of Mark Brine and Randy Burns, two great underrated songwriters, the one who published a live album of Pearl Before Swine, whoe wrote the liner notes for the boxset of this legendary group, this couln't be be anything but interesting.
Mark and Randy, but Tom Rapp (PBS's leader) too are featured on what could have been only a gathering of has beens. One can note the presence of Carolyne Mas, known in the 80's as the female Bruce Springsteen. John Michael Taylor (who is also an actor), Ed Askew (who recorded as Tom Rapp for ESP Records in the 60's) and Bill Chinnock (whos sang before the Boss with some musicians who would become members of the E Street and) are in their way famous too, though I only know them by name. The featured tracks, with the exception of three (as far as I know them), are not common Christams hymns.
So I listen with a great attention. I receive the first track, ("I Wonder As I Wander" by Shane Murphy, as a great shock! I know the song but the rendition is like a punch in my stomach. Then it's "Jesus", a live humoristic song by Tom Rapp. As I listen along, I realize that it's not an ordinary disc. It's not Christmas of the fairy tales, of Disneyland, it's Christmas of the abandoned, of the homeless, of the joyless, but not of the hopeless. Because it's a message of tolerance and hope that is sent by the 17 tracks (recorded between 1973 and 2010 but giving a real feeling of coherence). I could name them all, bur I'd rather zoom on some of them.
"The Carol (No One Listens For)", an ancient composition of Mark Brine, and "Old Fashion Christmas" by Randy Burns (from his new album "Hobos And Kings") show us the urgence of discovering these songwriters who are also sensitive and warm singers.
"What Child Is This" (based on the melody of "Greensleeves") is a well known song, but the performance of Doc Merwin has an incredible strength so we feel like we hear it for the first time. Doc is a 65 year old singer and musician, a rebel (as he defines himself) who played and song with others until now and will release his first album in 2011 (on WildCat Recording).
"On Christmas Morning", by Ed Askew (from his album "My Heart Starts Beating" released in 2008), is the most amazing track of this compilation, tragic and moving. Somewhere between Tom Waits and Robert Wyatt, with a piano, a glockenspiel and a harmonium, Ed carries us in another world, imperceptibly. The one one is not touched by the emotion of the song must get out of this blog blog!
Then there is Scott Severin, another revelation, with his "Xmas B & E", an uptempo rocker.
The disc closes with "Silent Night" by Bill Chinnock. Very ordinary, would you tell me. What a mistake! This track alone would be a good reason the buy the album, if everything else was not top notched. Bill was an extraordinary singer, as prove the 5 minutes of his presence here. Bill Chinnock couldn't finish the recording of the track, because he was very sick and died before completing it: he would have added a second verse and a gospel choir. Joe Phillips says it's an unfinished masterpiece, but i only hear the materpiece, without noticing the unfinished side. A piano, an orgue, a voice, a saxophone... a monument!
The album is available, a "download only", on WildCat Recording's website (http://www.wildcatrecording.com/). The price is only 10.00$ (for a charity organization).
So buy it for those who must not live Christmas as an ordinary despair day.
Do it for your pleasure too, for "A WildCat Christmas 2010" is the most beautiful holiday disc I've ever heard, the strongest, like no other of the kind.

mardi 12 octobre 2010

John Prine disque à disque - Diamonds In The Rough (1972)



1- Everybody (John Prine)
2- The Torch Singer (John Prine)
3- Souvenirs (John Prine)
4- The Late John Garfield Blues (John Prine)
5- Sour Grapes (John Prine)
6- Billy The Bum (John Prine)
7- The Frying Pan (John Prine)
8- Yes I Guess They Oughta Name A Drink After You (John Prine)
9- Take The Star Out Of The Window (John Prine)
10- The Great Compromise (John Prine)
11- Clocks And Spoons (John Prine)
12- Rocky Mountain Time (John Prine)
13- Diamonds In The Rough (A.P. Carter)

John Prine: Acoustic Guitar, Vocals
David Bromberg: Electric Guitar, Mandolin, Dobro
Steve Burgh: Bass, Drums
Steve Goodman: Acoustic Guitar, Electric Guitar, Harmony Vocals, Fills, Hi-Hat
Dave Prine: Dobro, Banjo, Fiddle, Harmony Vocals
Lou Desio: Arrangements on "Clocks And Spoons"

Produced by Arif Mardin

Après un premier album qualifié par tous de coup de maître, John Prine était attendu au tournant. Avait-il tout dit dès le premier essai, comme cela se produit souvent? "Diamonds In The Rough" prouve sans équivoque que ce n'est pas le cas et que John est là pour longtemps.

Douze compositions de John, en plus de la chanson de la Carter Family qui donne son titre au disque (interprétée en l'occurence a cappella avec le frère Dave et l'ami Steve) sont au menu de l'album.

On trouve quelques classiques que John Prine interprète encore aujourd'hui comme "Souvenirs" (en duo guitare / voix avec Steve Goodman) ou "The Late John Garfield Blues", de superbes ballades comme "Clocks & Spoons" ou "The Great Compromise". Il y a aussi des titres qui démontrent le sens de l'humour rodé sur scéne par notre songwriter favori: "Yes I Guess They Oughta Name A drink After You", "The Frying Pan".

Par rapport au premier opus, l'instrumentation est plus resserrée et repose essentiellement sur les deux virtuoses des 6 cordes que sont David Bromberg et Steve Goodman. Le son est plus brut, la voix plus râpeuse.

Cet album porte bien son titre, et la plus belle pépite est pour moi "Souvenirs" que je ne peux écouter sans avoir une pensée émue pour Steve Goodman, parti trop tôt, vaincu par la leucémie à 38 ans.

"Memories they can't be boughten
They can't be won at carnivals for free
Well it took me years
To get those souvenirs
And I don't know how they slipped away from me"

vendredi 8 octobre 2010

Forest Sun: coup double

Deux disques parus en même temps, semblables et différents, complémentaires en fait. Forest Sun est un artiste aux multiples talents qui, sur le plan musical, refuse de s'enfermer dans un genre.

Avec Ingrid, son épouse et partenaire, il a conquis le public du Cinéma Jean Vigo, le 8 septembre dernier.

Cette double chronique est parue dans Xroads #32.

FOREST SUN
Harlequin Goodnight *****
So Nice ****
Painted Sun Records / CD Baby
Des mots peints

Ces deux disques sont parus déjà depuis un certain temps, en 2008 précisément. Deux ans que je les écoute, les retourne, sans savoir vraiment comment les aborder. La page blanche est en l’occurrence née d’une trop grande richesse du personnage et de son œuvre. Voici un Californien séduisant, au pseudo et au physique tout droit sortis d’une de ces séries TV à rallonge dont les vagues du Pacifique sont le principal décor. Tout pour déplaire a priori. Et l’on s’aperçoit que Forest Sun est son vrai prénom (son patronyme est Schumacher), qu’il ne se contente pas de chanter, qu’il est aussi peintre, sympathique et généreux, passionné de trekking et, pour couronner le tout, "access consciousness facilitator". Bref quelqu’un qu’il n’est pas facile de faire tenir dans une chronique, surtout quand il nous gratifie de deux disques en même temps, proches et différents pourtant.
"Pourquoi deux disques en même temps ? Les chansons le demandaient ! J’avais trop de titres pour un seul disque ; ils voulaient tous naître et refusaient d’attendre. Pendant que nous travaillions en studio, ces deux albums se sont forgé chacun une existence propre".
Autre difficulté : il est impossible de faire entrer Forest Sun dans une petite boîte, de lui mettre une étiquette. On l’a comparé à Van Morrison, à Jack Johnson, à Ben Harper, mais il est en fait inclassable, trop riche, trop talentueux. Ces deux disques le confirment. Vingt-deux titres en tout et pas un moment faible. Une voix et des mélodies qui accrochent vite, des guitares qui claquent, entre acoustique et électrique, lumineuses, et des textes ciselés comme avec la pointe d’un pinceau. La plupart des morceaux ont été enregistrés en une prise et, comme Forest Sun le dit lui-même, il a régné comme une forme de magie lors de la réalisation de "Harlequin Goodnight" et "So Nice".
Le premier est sans doute plus près des racines folk, avec des accents pop, des arrangements portés ça et là par un violoncelle ("Harlequin Goodnight") ou un dobro ("High And Low") ; les participations vocales de Zack Blizzard, Larkin Gayl ou Sean Hayes ajoutent encore à la beauté de l’ensemble.
Le second, plus rythmé, a un côté plus exotique (world ?) avec des accents reggae ou jazzy, une batterie, une trompette ou un orgue Hammond plus présents. Un titre comme "Trampoline", avec encore Larkin Gayl, est une pure merveille.
En résumé, ce sont deux disques dont on ne peut découvrir toutes les richesses (à supposer que cela soit possible) en qulques écoutes. Depuis, Forest Sun a publié "Just For Fun", un disque pour enfants conseillé aux parents (que je n’ai pas encore eu le plaisir de découvrir). La meilleure nouvelle, cependant, c’est que ce Californien de San Francisco, accompagné de sa compagne Ingrid Serban aux harmonies, viendra nous rendre visite prochainement. Il paraît que c’est sur scène qu’il est le meilleur. Alors rendez-vous début septembre à Calais (La Mauvaise Herbe, le 2) et à Gennevilliers (Cinéma Jean Vigo, le 8).

À ranger entre Elam Blackman et Sean Hayes. Et juste à côté des deux volumes de "Songs For Laura", produits par Forest Sun pour la recherche sur le cancer, avec la participation de nombreux artistes de grand talent.

Sam Pierre

mardi 5 octobre 2010

Matt Harlan - Tips & Compliments


Un bien beau disque, paru en 2009. Cette chronique a été publiée dans Xroads #29


MATT HARLAN ****
Tips & Compliments
Berkalin Records / My Texas Music
Les amis de mes amis ont du talent

Encore un nom qui n'évoquait rien pour moi il y a quelques semaines, jusqu'à ce que je cite celui de John Fullbright (cf. Xroads #26) à Nancy Stitham, A&R de Tom Pacheco (cf. Xroads #29). Elle me parla de ce songwriter texan de talent, ami de John et qui ouvrait quelques concerts pour Tom. Bonne pioche! Cet inconnu nous offre en effet un premier disque d'une grande maturité qui n'a rien de celui d'un débutant.

Comme Guy Clark ou John Prine avant lui, on sent dès les premières notes du premier titre, "Elizabethtown", que le gaillard a mûri son songwriting pendant des années avant de le livrer au public par CD interposé. Il a d'ailleurs, autour d'Houston, la réputation flatteuse d'un songwriter's songwriter, ce qui n'est pas rien. Et les noms que j'ai cités ne doivent rien au hasard car Matt se place d'entrée parmi les grands. Comme Guy et John, il défie les classifications, trop country pour être folk et réciproquement. Townes Van Zandt n'est pas loin non plus, pour la qualité littéraire des textes. Pour la voix, on ira plutôt chercher du côté de deux Chris, Smither et Knight, si l'on a besoin de références.

Cela écrit, si les choses sont ce qu'elles doivent être (ce qui est de plus en plus rare), Matt Harlan sera bientôt lui-même une référence car l'album tient la distance sans que jamais la qualité ne baisse. Pour ce "Tips & Compliments" (pourboires et compliments), Matt s'est attaché les services de Rich Brotherton qui produit et joue de quelques instruments à cordes (dont guitares et mandoline) mais aussi, entre autres, de Warren Hood (violon), Marty Muse (pedal steel) ou Riley Osbourn (claviers). Je pourrais consacrer à chaque titre un paragraphe, tellement les textes (fournis avec le disque) sont riches et variés (je peux fournir à ceux que ça intéresse ce que dit Matt de chaque titre à propos de l'inspiration ou de l'instrumentation). Le simple énoncé de "Waiting For Godot", suffit à attirer l'attention d'un francophone, mais ce titre frappe également par sa beauté portée par les notes d'une guitare acoustique et d'une mandoline. Inversement, "Over The Bridge", inspiré par une gaffe de Barbara Bush sur la situation des sinistrés de l'ouragan Katrina, se distingue par une orchestration riche où brille particulièrement le fiddle de Warren Hood. Pour "Walter", où Matt dit s'aventurer dans le territoire de Townes, Matt est passé au banjo et Rich à la slide guitar, avec un grand bonheur. Ailleurs ("Skinny Trees Of Mississippi"), c'est la basse électrique de Rankin Peters qui tient la vedette et là l'inspiration vient de Jaco Pastorius à l'époque où il accompagnait Joni Mitchell.

J'en reste là mais si j'ai un conseil à donner, c'est celui de vous procurer sans attendre ce disque, apru en 2009, qui fait partie de mes grandes bonnes surprises du moment.

À ranger sur la même étagère que les meilleurs songwriters texans, Guy et Townes.

Sam Pierre

jeudi 30 septembre 2010

John Prine disque à disque - John Prine (1971)



John Prine
Atlantic Records – Novembre 1971
1- Illegal Smile (John Prine)
2- Spanish Pipedream (John Prine)
3- Hello In There (John Prine)
4- Sam Stone (John Prine)
5- Paradise (John Prine)
6- Pretty Good (John Prine)
7- Your Flag Decal Won't Get You Into Heaven Anymore (John Prine)
8- Far From Me (John Prine)
9- Angel From Montgomery (John Prine)
10- Quiet Man (John Prine)
11- Donald And Lydia (John Prine)
12- Six O'clock News (John Prine)
13- Flasback Blues (John Prine)

John Prine: Vocals & Acoustic Guitar
Reggie Young: Lead Guitar
Leo LeBlancPedal Steel Guitar
John Christopher: Rhythm Guitar
Bobby Emmons: Orga
Bobby Wood Pianos
Mike Leech: Bass
Gene Chrisman: Drums, Tambourine on "Flashback Blues"
Bishop Heywood: Percussion, Drums on "Flashback Blues"
Steve Goodman: Harmony Vocal on "Paradise", Acoustic Guitar on "Paradise" & "Flashback Blues"
Dave Prine: Fiddle on "Paradise"Neal Rosengarden: Bass on "Paradise"
Noel Gilbert: Fiddle on "Flashback Blues"
Produced by Arif Mardin
Si l'on se réfère à ce qu'ont écrit sur lui les critiques depuis 1971, si l'on totalise le nombre de ses pairs qui le citent comme influence et se réclament de lui, John Prine est une immense superstar. Malheureusement, le succès commercial (relatif) n'est arivé pour lui que 20 ans et onze albums plus tard avec The Missing Years. Mais revenons-en au commencement. Voici ce qu'écrivit Kris Kristofferson après avoir vu John en été de cette annèe-là: "John Prine nous a pris par surprise au moment de la décompression de fin de nuit après notre dernier show à Chicago. Steve Goodman nous demanda d'aller au club Old Town pour écouter un ami que, d'après lui, nous devions entendre, et comme Steve nous avais épatés toute la semaine avec ses propres chansons, nous avons accepté. Il était vraiment trop tard et nous devions nous lever très tôt; quand nous sommes arrivé à l'Old Town, il n'y avait plus que des rues désertes et des fenêtres obscures. Et le club fermait. Mais le propriétaire nous laissa entrer, poussa quelques chaises près d'une paire de tables et John revint chanter. Peu de choses sont aussi déprimantes que ces chaises empilées tête-bêche sur les tables d'une vieille taverne vide, et nous en étions à ce moment étrange, assis en attendant que ce gamin nous montre ce qu'il savait faire. Et lui, debout, tout seul, les yeux baissés vers sa guitare à se demander ce que diable nous faisions là, les uns et les autres. Il commença à chanter et, dès la fin du premier vers, nous savions que nous entendions quelque chose de différent. Ce devait être comme tomber par hasard sur Dylan la première fois qu'il a chanté à Greenwich Village… Un de ces rares, grands moments, où tout semble valoir la peine d'être vécu… Il chanta une douzaine de chansons, et dut en faire une douzaine de plus. Rien de comparable à ce que j'avais entendu avant: "Sam Stone", "Donald & Lydia". Celle sur les vielles personnes. Il n'a que vingt-quatre ans et il écrit comme s'il en avait deux-cent-vingt. Je ne sais pas d'où il vient mais j'ai une bonne idée de ce vers quoi il va…". Les choses allèrent vite ensuite. Invité par Kris à New York, John Prine n'eut pas besoin de plus de trois chansons pour convaincre Jerry Wexler de le signer chez Atlantic et d'enregister son premier album, à Memphis, sous la direction d'Arif Mardin et avec quelques requins du coin. Le plus grand problème dut être pour John de choisir douze titres parmi l'immense répertoire qu'il avait en réserve. Quand il commença à se produire dans les clubs de Chicago, il se croyait en effet obligé, par respect du public, de venir avec une nouvelle composition chaque soir. Quoiqu'il en soit, de "Illegal Smile" à "Flashback Blues", "John Prine" (c'est le titre de l'album), contient quelques-uns des classiques indémodables du songwriter. "Sam Stone", observation douloureuse sur la guerre du Vietnam; "Paradise", titre écrit pour son père (afin qu'il comprenne qu'il était un songwriter), où l'ami Steve Goodman et le grand frère Dave Prine vinne donner un coup de main; "Hello In There", émouvant hommage aux personne âgées ou "Donald And Lydia"; des titres où l'humour décapant, rôdé sur scène, de John se révèle: "Illegal Smile" ou "Your Flag Decal Won't Get You Into Heaven Anymore"; il y a encore "Quiet Man", "Angel From Montgomery" ou "Far From Me", un moment de grande beauté nostalgique, et puis le dramatique "Six O'Clock News". Bref, pas un moment faible pour ce coup d'essai. À l'époque où toute l'Amérique cherchait un nouveau Dylan, John Prine se révèlait d'emblée bien autre chose que cela. Marqué par le blues et le folk comme Bob, John avait une voix plus typiquement country, parfaitement adaptée à ses mélodies (mais difficilement exportable chez nous, par exemple). Et il apparaissait surtout comme un songwriter sachant manier les mots comme peu avant lui, traçant, avec une précision de l'écriture, une concision, un sens de la formule très personnel, des portraits de ses contemporains, tantôt tendres, tantôt acides, qui s'inscrivaient immédiatement au patrimoine de la chanson américaine. Mais ce n'était que le début…

dimanche 19 septembre 2010

Forest Sun with Ingrid Serban "Twenty Toes in the Sand"

Ils sont venus le 8 septembre au Ciné Jean Vigo à Gennevilliers, à l'invitation de l'ami Jacques Deniel.

Après l'étonnant (un guitar picking dans la lignée de ses compatriotes Bert Jansck ou John Renbourn) Peter Jagger, ils nous ont offert un show très éclectique, avec un bonheur de jouer évidents.

Deux moments forts pour moi: "Trampoline" and "Gurus and Rockstars".

Et, puis, après le set, un mini-concert privé pour quelques privilégiés, 2 titres de Maître Bob en cadeau d'anniversaire (le mien): "She Belongs To Me" et "Tomorrow Is A Long Time".

Beauté et émotion...

De tout coeur, merci...

mardi 20 avril 2010

Donna Ulisse



Aujourd'hui paraît le nouvel CD de Donna Ulisse, Holy Waters, qu'elle appelle son "soul journey". L'inspiration y est très largement religieuse. L'album comporte 13 Titres dont 12 sont écrits ou co-écrits par Donna qui s'affirme plus que jamais comme l'un des grands talents du bluegrass moderne. Le treizième morceau est « Who Will Sing For Me » de Carter Stanley. Vous en saurez plus en lisant Xroads le mois prochain (#30).

En Attendant, vous pouvez vous reporter à la chronique de Walk This Mountain Down publiée dans Xroads #21. Et achetez ce disque si vous ne l'avez déjà fait; il est disponible à un prix très raisonnable chez Amazon France. (http://www.amazon.fr/Walk-This-Mountain-Donna-Ulisse/dp/B001MWNQC4/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=music&qid=1271744652&sr=1-1)



DONNA ULISSE *****
Walk This Mountain Down
Hadley Music Group / CD Baby
Le bonheur en musique

Donna Ulisse (pronounced "You-liss-ee") est née à Hampton, Virginie, dans une famille d'origine en partie italienne où tout le monde chantait. Elle-même fit ses débuts sur scène à l'âge de 3 ans! Elle chanta pour un groupe de western swing avant de rencontrer et d'épouser Rick Stanley. Précision importante: ce dernier est le cousin des Stanley Brothers et Ralph Stanley lui-même vint jouer en compagnie des Clinch Mountain Boys lors de la réception suivant le mariage du couple. Donna ne pouvait donc pas échapper au bluegrass. Sa voix, entendue notamment aux côtés de Jerry Reed, attira vite l'attention des "majors" et c'est chez Atlantic qu'elle publia en 1991 son premier album Trouble At The Door. Ce disque country, de qualité mais sans réelle originalité, resta sans suite et ce fut une longue traversée du désert qui permit à Donna Ulisse-Stanley de découvrir son talent pour l'écriture. "Ma nouvelle passion est le songwriting. J'ai découvert cette partie de moi lors de mon long voyage de retour après un contrat discographique avec une major. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort… Qui a dit cela? Après la fin de mon contrat de chanteuse, je me suis sentie perdue jusqu'à ce que je trouve un stylo et un papier". Retour à la case bluegrass en 2007 pour When I Look Back (dont Donna à écrit ou co-écrit les 14 titres). Une véritable réussite, suivie rapidement de ce Walk This Mountain Down qui confirme le(s) talent(s) de la Dame. 13 titres qui prouvent que l'on a affaire à l'une des meilleures plumes de Nashville et d'ailleurs. Donna a réuni un groupe de musiciens exceptionnels: Scott Vestal (banjo), Rob Ickes (dobro), Andy Leftwich (mandoline et violon), Keith Sewell (guitare et production), Byron House (basse) et quelques voix amies (Claire Lynch, Rick Stanley, Curtis Wright, Jerry Salley, Keith Sewell, Wendy Buckner). La recette est simple mais d'une efficacité totale, telle je me suis rendu sans condition avant la fin de la première écoute. Il est vrai que ce disque, non content d'être proche de la perfection sur tous les plans, est un véritable hymne à la joie de vivre. Le titre « Lovin' Every Minute » en est la meilleure illustration: "Every tear, every smile / Every memory, every mile has you in it / Your constant love kept me strong / Every step along the way, every hour of every day / Because of you I can say that I have spent it / Lovin' every minute". Chanson d'amour, d'un amour (qui dure depuis longtemps) pour quelqu'un qui partage la même passion pour la musique, la même passion pour la vie. Donna est heureuse et le dit, et ce bonheur de vivre la vie qu'elle avait rêvée (même si la réalité déforme quand même un peu les rêves) rejaillit sur chaque seconde de ce disque, un album qui fait que l'on se sent mieux, et meilleur, après l'avoir écouté. Donna vit chaque jour comme un cadeau, heureuse comme un enfant de cinq ans quand il déballe un cadeau. De superbes mélodies, une voix qui enchante, un groupe de musiciens au mieux de leur forme, c'est déjà beaucoup; mais il serait dommage de passer à côté des mots, parce qu'une telle qualité de plume, dans le bluegrass, c'est plutôt rare. Ce disque n'est pas loin, pour moi, d'être celui de l'année. Il sera assurément celui de l'été.

À ranger entre deux disques des Stanley Brothers. Carter serait fier que son nom soit perpétué de si belle manière.

Sam Pierre