vendredi 18 novembre 2016

Chapeau bas, Éric Frasiak

SOUS MON CHAPEAU




"Chroniques" est sans doute le disque que j'ai le plus écouté, notamment tout au long de l'année 2013. Depuis, j'attendais, sans impatience, la suite à ce petit chef d'œuvre. Bien sûr, Éric Frasiak a su faire patienter ses supporters, d'abord avec "Mon Béranger…", puis avec son DVD enregistré au Théâtre de Bar le Duc qui levait un peu le voile sur ce qu'il cachait sous son chapeau avec six titres inédits jusque là. Il avait aussi, en guise de clin d'œil, publié un autre titre, "C'est beau Noël", sur internet.

"Sous mon chapeau", puisque c'est son titre, est là, enfin. Dès les premières notes, on retrouve l'univers musical bien particulier qui est celui de Frasiak. Quelques notes de guitare suffisent pour que l'on se retrouve là où on avait laissé le troubadour ardenno-meusien quatre ans plus tôt. Il ne faut pas croire cependant que rien n'a changé et qu'il se contente de ronronner.

Le premier changement tient à la notoriété d'Éric. Il ne parade certes pas dans les grands médias télévisuels mais son noyau de fidèles s'est élargi depuis deux ans. Son agenda est bien rempli et les kilomètres défilent au compteur de sa voiture. Sa notoriété a grandi sans qu'il fasse la moindre concession, en restant lui-même, authentique et sincère. Il fait partie des voix que l'on a envie, que l'on a besoin d'entendre, parce que le monde a changé. Il fait désormais partie des voix qui comptent. Les attentats, les guerres, la crise des réfugiés fuyant leur pays par dizaine de milliers, l'attitude hégémonique de la Russie de Poutine, M. Boulot toujours aux abonnés absents, la surenchère racoleuse de nos politiques, tout cela est source d'inspiration

Le premier titre, qui donne son nom à l'album est frappé au coin de la nostalgie, on y retrouve un peu l'esprit de "J'traîne" avec un effet crescendo qui nous amène à l'une des chansons fortes du disque, "Migrant", évocation d'un des grands drames du moment, à la fois en raison de ce que vivent les réfugiés et en raison des phénomènes de xénophobie qui se libèrent sans complexe autour de nous. Le rythme évoque l'Afrique pendant que les mots décrivent "dans ce bateau de misère, 500 visages d'effroi".



Avec "Colonie 6", c'est le goulag des temps modernes, celui de la Russie de Poutine, qui est évoqué. Le violon (Philippe Girardon), le violoncelle (Patrick Leroux) et le bugle (Patrice Lerech) donnent à ce titre une couleur musicale que l'on retrouvera par la suite.

Nostalgie à nouveau avec "Hôtel Richelieu", c'est la jeunesse en flashback, avec ses espoirs et son insouciance, c'est le temps où l'on croit que tout est possible.

"T'as c'qu'il faut" est une ode à la femme aimée, une forme de blason plein de pudeur et de tendresse comme un Brassens savait bien les écrire, mais avec les mots de Frasiak (et un joli solo de guitare électrique de Jipé).

"Espèce de cons" n'a pas besoin de commentaire, le titre dit tout. La connerie sous toutes ses formes est ici dénoncée avec un sourire fortement teinté de jaune. C'est l'occasion, pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, d'entendre Jérémie Bossonne, un auteur compositeur interprète dont on reparlera, assurément, et qui chante ici en duo. Le public de Bar le Duc avait eu la chance de l'entendre à l'été 2015 dans le cadre d'une "carte blanche à Éric Frasiak".

"Je t'écris" est un beau moment de poésie et de tendresse, une belle mélodie, une guitare acoustique apaisée, une respiration qui se poursuit avec l'humoristique "C'est beau Noël" qui dénonce avec le sourire le côté mercantile de cette fête dévoyée depuis longtemps de son sens originel. Suit le traditionnel hommage à Léo Ferré avec "La solitude". Ferré, comme Béranger, fait partie des influences majeures de Frasiak (en ce qui concerne la chanson française) et il traite ici la composition dans un arrangement original où l'orgue et la trompette ont un rôle important, comme la guitare électrique de Jean-Pierre Fara qui se fend encore d'un solo inspiré. À ranger aux côtés de la reprise du "Paris-Lumière" de Béranger, deux titres dont on imagine aisément des versions scéniques s'étirant sur plus de vingt minutes.

On entre ensuite dans une trilogie pleine d'émotion. C'est d'abord "Le jardin de Papa", un jardin orphelin depuis octobre 2013, un bel hommage à un père qui doit être fier de celui qui chante "une des graines que t'a s'mées c'était moi". "44 tonnes", sur un ton plus léger, évoque le monde des routiers. Papa Frasiak était chauffeur mais la chanson est dédiée au frère d'Éric et aux routiers de l'Air Bleu, le restaurant que Romän tenait près du pont de Saint-Nazaire. "Je suis humain" est une chanson née de l'attentat de Charlie Hebdo. J'ai eu la chance d'en entendre la création lors d'un concert près de Nancy, quelques jours plus tard. La chanson a forcément évolué musicalement, les arrangements, avec cuivres et accordéon, changent l'habillage mais sans affaiblir le message: "Juste une plume trempée dans l'espoir d'un monde de fraternité".



"De l'amour, des fétiches" est comme une parenthèse, une évocation de la manière agressive dont la publicité déshabille les femmes. En 2012, il y avait eu "M. Boulot". En 2016 "Une ville de l'Est" est comme une sorte de bilan, d'inventaire lucide mais plein d'un espoir de ces cités autrefois pleines de vie et que la crise économique a frappées. C'est surtout un hommage à la dignité de ceux, autrefois migrants italiens ou polonais, qui restent attachés à ce qui est devenu leur terre, leur patrie.

"Sous mon chapeau" se finit par un feu d'artifice titré "Cuisine politique", une sorte de suite au "Magouille blues" de François Béranger. Le constat est dur et lucide. Tout le monde en prend pour son grade, l'humour est grinçant. Le titre s'étire sur près de sept minutes, chacun des impétrants est interpelé, la fin est assez déjantée, ce qui est heureux, c'est une dérision qui forme un rempart à un pessimisme excessif.

Ceux qui ont aimé "Chroniques" adoreront "Sous mon chapeau". Frasiak est resté lui-même, mélodiste et arrangeur hors-pair, interprète sensible qui sait nous parler avec des mots simples qui touchent chacun. Mais ce sont aussi des mots terribles et l'on a l'impression, pour employer une expression à la mode dans la cuisine politique la plus infâme, que la parole de Frasiak s'est décomplexée, pour la meilleure des causes, celle de l'humanité.

Ce disque va rester pendant des mois sur les platines de ceux qui viennent de l'acquérir. Pendant des mois, et davantage, il va nous livrer ses secrets les plus cachés, ceux que notre ami Éric, véritable artisan (au sens le plus noble du terme) de la chanson a mitonnés pour nous pendant quatre ans. "Sous mon chapeau" est désormais dans le domaine public et je ne doute pas que nombreux sont ceux qui vont se précipiter aux six coins de l'hexagone (et même au-delà, je sais qu'on l'espère aussi en Corse ou au Canada) pour le découvrir sur scène.

vendredi 10 octobre 2014

John Prine disque à disque - Aimless Love (1984)



En ce 9 octobre 2014, John Prine fête ses 68 ans. C'est donc l'occasion rêvée pour reprendre l'exploration de son œuvre avec l'album "Aimless Love" publié en 1984. "Storm Windows" datait de 1980. Dans l'intervalle, John Prine a créé son propre label Oh Boy Records, suivant en cela l'exemple de son ami Steve Goodman et de sa compagnie Red Pajamas Records.


John a donc pris son temps pour enregistrer (sa première publication pour Oh Boy fut le single de Noël "I Saw Mommy Kissing Santa Claus" en 1982), d'une part parce qu'il n'avait pas de pressions commerciales et que cela correspondait à son rythme de travail, d'autre part en raison des contraintes financières et juridiques générées par la création du label.

Pour la production de l'album, John s'était associé à Jim Rooney pour dix titres, le onzième, "People Puttin' People Down" ayant été produit par Steve Goodman en 1981 lors de sessions interrompues pour un nouvel album.

Le résultat est plutôt convaincant, même si "Aimless Love" ne fait pas partie des disques les plus remarquables de John Prine, apparaissant comme une suite naturelle de "Bruised Orange" par sa tonalité générale avec un côté peut-être un peu plus rude. John a écrit cinq des titres et coécrit les autres. On y retrouve le même mélange de tendresse et d'ironie teintée d'auto-dérision qui caractérise le songwriter. Des titres comme "Unwed Fathers" (repris par Johnny Cash l'année suivante), "Me Myself And I" ou "The Bottomless Lake" (au texte d'un non-sens typiquement prinien) se détachent ainsi que le plus mordant "People Puttin' People Down" qui fut interprété en concert par un fan de John Prine du nom de Bob Dylan!


Tout cela fait que "Aimless Love" est l'un des albums les plus attachants de John et cela d'autant plus qu'il s'est fait attendre (pour nous, Européens de l'ère pré-internet, il a même fallu attendre 1986 et la publication de l'album par Demon Records).


Parmi les musiciens participant à l'album, il faut noter la présence des claviers de Bobby Whitlock (ex Derek & The Dominos), de la guitare de Philip Donnelly (rencontré précédemment aux côtés de Lee Clayton, Townes Van Zandt ou Guy Clark) et de quelques invités prestigieux comme John Sebastian, Glen D. Hardin, Jennifer Warnes ou Spooner Oldham pour n'en citer que quelques-uns.


  1- Be My Friend Tonight (John Prine / Roger Cook / Shel Silverstein)
  2- Aimless Love (John Prine)
  3- Me, Myself And I (John Prine / Dan Penn / Spooner Oldham)
  4- The Oldest Baby In The World (John Prine / Donnie Fritts)
  5- Slow Boat To China (John Prine / Bobby Whitlock / Linda Whitlock)
  6- Bottomless Lake (John Prine)
  7- Maureen, Maureen (John Prine)
  8- Somewhere Someone's Falling In Love (John Prine / Donnie Fritts)
  9- People Puttin' People Down (John Prine)
10- Unwed Fathers (John Prine / Bobby Braddock)
11- Only Love (John Prine / Roger Cook / Sandy Mason)

John Prine: Vocals, Guitar
Tony Newman: Drums
Rachel Peer-Prine: Bass, Harmony & Background Vocals, Guitar
Bobby Whitlock: Piano, Organ, Background Vocals
Philip Donnelly: Guitar, Background Vocals
Leo Leblanc: Guitar, Pedal Steel, Bass
Jim Rooney: Guitar
Jack Grochmal: Guitar, Tambourine
John Sebastian: Harmonica, Autoharp
Spooner Oldham: Piano
Donnie Fritts: Piano
Bobby Woods: Piano
Roger Cook: Ukulele, Background Vocals
Dave Prine: Fiddle
Kevin Wells: Drums
Glen D. Hardin: Piano
Chuck Fiore: Bass
Greg Prestopino: Background Vocals
Jennifer Warnes: Background Vocals
Matthew Wilder: Background Vocals
Charles Cochran: Organ, Upright Bass
Sandy Mason: Background Vocals
Steve Fishell: Pedal Steel
James Harrah: Guitar


jeudi 9 octobre 2014

En 2014, l'herbe est toujours bleue...



Mon amour du bluegrass est né dans les années 1970, alors que j'avais une vingtaine d'années. Les Byrds m'ont mené aux Kentucky Colonels grâce à Clarence White ou aux Dillards par l'entremise de Gene Clark. Les Flying Burrito Brothers m'ont conduit à Country Gazette. Et puis il y a eu Emmylou Harris, avec Ricky Skaggs dans son Hot Band, qui m'a permis de découvrir Boone Creek, J.D. Crowe & The New South et, partant de là, des musiciens du calibre de Tony Rice et Doyle Lawson. Le titre "Satan's Jewel Crown" sur "Elite Hotel" m'a révélé John Starling et le Seldom Scene, le groupe qui représente le mieux le bluegrass que j'aime. Je n'oublierai pas, bien sûr, le rôle fondateur du Nitty Gritty Dirt Band avec le monumental "Will The Circle Be Unbroken". À partir de là, la machine à remonter le temps s'est mise en marche et m'a permis (me permet encore) de découvrir les trésors de cette musique. Certains de mes héros de l'époque sont toujours actifs et performants aujourd'hui comme en témoignent quelques disques parus ces derniers mois.



  1- Saro Jane (Lester Flatt / Earl Scruggs)
  2- I'd rather be alone (Tom James / Tony Lee / Jim West)
  3- Pike county breakdown (Rupert Jones)
  4- If I lose (Ralph Stanley)
  5- Sally Ann (public domain)
  6- Cry, cry darling (J.D. Miller / Jimmy Newman)
  7- Powder creek (Roland White / Clarence White)
  8- Loose talk Freddie Heart)
  9- Soldier's joy (public domain)
10- Blue night (Kirk McGee)
11- Hot flash on the highway (Roland White)
12- High on a mountain (Olla Belle Reed)
13- On my way back to the old home (Charlie Monroe)

Roland White, le frère de Clarence, mandoliniste et chanteur des Kentucky Colonels puis de Country Gazette (et de bien d'autres formations) est désormais à la tête du Roland White Band dont l'album "Straight-Ahead Bluegrass" vient de faire l'objet d'une chronique dans Le Cri du Coyote (#142). Je citerai simplement la conclusion «… on reste épaté par la fraîcheur et la joie de vivre qui se dégagent de l'album, aussi bien dans les instrumentaux ("Pike County Breakdown", "Soldier's Joy") que dans les morceaux chantés ("I'd Rather Be Alone", "Loose Talk, High On A Mountain"). Aux côtés de Roland et de sa mandoline on trouve deux autres membres fondateurs du groupe, Diane Bouska, guitariste et épouse de Roland avec qui elle partage les voix lead, et Richard Bailey au banjo. S'y ajoutent Jon Weisberger à la basse et aux harmonies et Brian Christianson (un nom à retenir) au violon et aux harmonies. "Straight-Ahead Bluegrass" est un disque porté par une passion partagée, un moment de rare et pur bonheur pour l'auditeur». Pour en savoir plus: Le Cri du Coyote – BP 48 – 26170 BUIS LES BARONNIES – cricoyote@orange.fr


  1- California cottonfields (Dallas Frazier / Earl Montgomery)
  2- Wait a minute (Herb Pedersen)
  3- What am I doing hangin' 'round (Michael Martin Murphey / Owen Castleman)
  4- Hickory wind (Gram Parsons / Bob Buchanan)
  5- I'll be no stranger there (John Alcorn / Lonnie Combs / A.B. Sebren)
  6- Walk through this world with me (Sandra Seamons / Kay Savage)
  7- Big train (From Memphis) (John Fogerty)
  8- With body and soul (Virginia Stauffer)
  9- Paradise (John Prine)
10- It's all over now, Baby Blue (Bob Dylan)
11- Mean mother blues (John Starling)
12- My better years (Hazel Dickens)
13- Little Georgia Rose (Bill Monroe)
14- Like I used to do (Pat Alger / Tim O'Brien)
15- Through the bottom of the glass (Paul Craft)
16- Lorena (Henry D.L. Webster / Joseph Philbrick Webster)



Je n'ai pas chroniqué, mais j'aurais aimé le faire, "Long Time … Seldom Scene", le dernier album du groupe de Chicago fondé au début des seventies par John Duffey, John Starling, Mike Auldridge, Tom Gray et Ben Eldridge. Seul ce dernier fait encore partie du groupe avec son banjo. John Duffey et Mike Auldridge ont quitté ce monde, bien trop tôt. Les autres membres actuels s'appellent Dudley Connell (guitare et voix), Fred Travers (dobro et voix), Lou Reid (mandoline et voix) et Ronnie Simpkins (basse et voix basse). Cette formation était déjà la même en 1996 pour l'album "Dream Scene" à l'exception de Lou Reid Pyrtle qui a remplacé John Duffey après sa mort à 62 ans, en décembre de cette même année (Lou Reid avait déjà officié en qualité de guitariste de Seldom Scene de 1998 à 1992). L'album est une sorte de flashback pour le groupe qui reprend des titres déjà enregistrés dans le passé, lorsque les voix des deux John constituaient la marque de fabrique du groupe. Les esprits chagrins diront qu'ils ne s'agit plus aujourd'hui du véritable Seldom Scene, oubliant un peu vite qu'il en va ainsi de la plupart des formations de bluegrass qui évoluent au fil du temps pour ne garder qu'un seul membre (J.D. Crowe, Doyle Lawson, Charlie Waller) voire même seulement le nom (Lonesome River Band). Les groupes de bluegrass sont constitués de "body & soul" et, depuis toujours, survivent au départ (ou à la mort) de membres importants dont ils préservent l'esprit. La chanson intitulée précisément "With Body And Soul" en est ici la meilleure illustration, tellement elle portait la griffe de Duffey dans la version enregistrée pour "Act 1", en 1972. On est presque surpris de se rendre compte que la nouvelle mouture, avec John Starling et Emmylou Harris mais aussi Tom Gray en invités, fonctionne aussi bien et on ne pense pas à la comparer avec l'original. On écoute et on savoure. On ne pense pas non plus à Gram Parsons quand la voix d'Emmylou Harris s'élève près de celle de Dudley Connell pour un "Hickory Wind" tout en sensibilité. La vérité est que l'on a affaire à des musiciens et vocalistes de grand talent, qui revisitent un répertoire de qualité, y apportant leur touche personnelle et actuelle. Le traitement de titres comme "Big Train (From Memphis)" de John Fogerty, "Paradise" de John Prine ou "It's All Over Now Baby Blue" de Bob Dylan est particulièrement remarquable mais je pourrais en dire autant de chacune des chansons. Je ne sais pas si l'album a des points faibles, je n'ai en tout cas aucune envie d'en trouver. En revanche, je citerai deux autres points forts: l'enregistrement, d'une grande fraicheur, manifestement effectué essentiellement dans des conditions "live", et le livret de 36 pages, superbement documenté et digne de Smithsonian Folkways. À la création du groupe, semi-professionnel, John Duffey avait dit: "N'essayons pas de devenir riche en faisant ceci, gardons nos jobs de jour. Amusons-nous, tout simplement". Le message a survécu à John et à l'épreuve du temps.


  1- Coming soon (Gene Johnson / Val Johnson)
  2- It's done (Randy Swift)
  3- Thank you dear God (George Steve Watts)
  4- Get on board (arrangement Doyle Lawson)
  5- He made the tree (Tom Botkin / Donnie Skaggs)
  6- Lead me to that fountain (George Steve Watts)
  7- He's in control (George Steve Watts)
  8- Will you go? (Steve Watts / Doyle Lawson)
  9- O far country (Tami Pockstaller)
10- Climbing upward (George Steve Watts)
11- I sailed back (Luther G. Presley)



Doyle Lawson, je l'avais découvert aux côtés de J.D. Crowe au sein des Kentucky Mountain Boys. Il a fondé Quicksilver en 1979 et "Open Open Carefully, Message Inside" est le trente-sixième album publié par le groupe, le vingtième d'inspiration religieuse. Je ne ferai pas le compte des musiciens et chanteurs qui se sont succédés au sein de Quicksilver mais, à l'image de son confrère bluesman britannique John Mayall avec ses Bluesbreakers, Doyle a toujours su dénicher les talents qui se sont ensuite épanouis après avoir quitté son aile protectrice (mais rigoureuse). La formation actuelle ne fait pas exception. Josh Swift est au dobro et à la guitare, Jason Barrie aux violons, Joe Dean au banjo et à la guitare, Dustin Pyrtle à la guitare, Eli Johnston à la basse (et, bien sûr, Doyle Lawson à la mandoline) et tout ce beau monde chante et harmonise à qui mieux mieux, parfois tous ensemble comme dans le titre a cappella "Get On Board" qui donne des frissons. Mis à part le constat du talent du groupe et de ceux qui le composent, le disque n'apporte rien de nouveau (ce qui n'est pas surprenant puisque son objectif est de transmettre le flambeau d'une tradition) et énervera sans doute ceux que le gospel bluegrass irrite (j'en connais) mais, dans le genre, il est difficile de faire mieux. Doyle Lawson nous conseille néanmoins d'être attentifs aux paroles car le titre de l'album n'est pas anodin. Les chansons ont été choisies (aussi) pour les messages qu'elles transmettent.




  1- My walking shoes (Jimmy Martin / Paul Williams)
  2- Blue memories (James O'Gwynn / Paul Williams)
  3- Do you live what you preach (Chrlie Louvin / Ira Louvin)
  4- The hills of Roane County (arranged by Paul Williams)
  5- Don't laugh (Rebe Gosdin)
  6- Little angel in Heaven (Jimmy Martin / Paul Williams)
  7- Standing tall and tough (Paul Humphrey)
  8- Insured beyond the grave (Ira Louvin / Charlie Louvin)
  9- Fraulein (Lawton Williams)
10- Pretending I don't care (Jimmy Martin / Paul Williams)
11- Once a day (Bill Anderson)
12- Those gone and left me blues (Johnny Bond / Jimmy Wakely)

On retrouve Doyle Lawson (cette fois armé d'une guitare) aux côtés de J.D. Crowe et son banjo inimitable et de Paul Williams à la mandoline. Pour leur deuxième album en trio, "Standing Tall And Tough", Crowe, Lawson & Williams reçoivent l'apport instrumental de deux membres de Quicksilver (Josh Swift et Jason Barrie) et du contrebassiste de Balsam Range, Tim Surrett. Pour leur premier album, "Old Friends Get Together", les trois anciens sidemen de Jimmy Martin au sein des Sunny Mountain Boys avaient puisé dans le répertoire de leur ancien mentor, revisitant des titres qu'ils avaient enregistrés avec lui. Si l'on retrouve sur ce deuxième album trois titres coécrits par Jimmy Martin et Paul Williams (dont l'inusable "My Walking Shoes"), les trois jeunes gens (Doyle, le benjamin du groupe n'a que 70 ans) ont diversifié leurs sources d'inspiration, rendant hommages à d'autres artistes qu'ils admirent comme les Louvin Brothers ("Do You Live What You Preach", "Don't Laugh" et "Insured Beyond The Grave"), Bill Anderson ("Once A Day") ou Johnny Bond et Jimmy Wakely ("Those Gone And Left Me Blues"). Et puis il y a les titres les plus connus (The Hills Of Roane County" et "Fraulein") qui trouvent ici une nouvelle jeunesse. Que ne l'on s'y trompe pas, si Doyle Lawson est le seul du trio à continuer à se produire régulièrement sur scène, les trois hommes sont au sommet de leur art et n'ont rien perdu de leur talent ni de leur amour de la musique. Et puisque je parle de talent, celui de Josh Swift à la "resophonic guitar" est ici confirmé de façon éclatante.



mercredi 17 septembre 2014

De Nashville à Nancy, Irene Kelley






Le nom d'Irene Kelley m'est familier depuis longtemps. Je l'ai rencontré souvent, dès le début des années 1990, parmi les crédits de chansons interprétées par d'autres. Rhonda Vincent, Claire Lynch, Mark Newton, artistes bluegrass de renom, mais aussi le songwriter Pierce Pettis avec qui elle a coécrit un titre pour l'album "Great Big World" font partie des gens avec lesquels elle a collaboré ou/et pour qui elle a écrit des chansons. Ce n'est en fait qu'avec la parution du premier volume de la saga historique de Thomm Jutz, "The 1861 Project", que j'ai compris qu'Irene Kelley chantait, et de fort belle manière: un titre, "Horse Without A Rider" a suffi à m'en convaincre.

Native de Latrope, en Pennsylvanie, Irene a débuté dans un groupe qui chantait des reprises de Led Zeppelin avant de se sentir attirée par la country music (elle aurait aimé chanter du Dolly Parton avec son groupe, ce qu'elle ne put faire; pour l'anecdote, plus tard, Dolly fit une reprise de "Stairway To Heaven"). Une de ses premières compositions, "Pennsylvania Is My Home" lui permit d'acquérir un début de notoriété, elle envoya des maquettes aux maisons d'édition de Nashville où elle finit par s'établir. Elle enregistra un album entier pour MCA, qui ne publia que deux singles, mais elle continua à écrire, avec succès, pour les autres tout en élevant ses deux filles, Justyna et Sara Jane.

C'est en 1999 que son premier album "Simple Path" fut publié sur son propre label avant d'être réédité en 2001 par Relentless Nashville.

Il comporte onze titres, tous coécrits par Irene Kelley:
  1- A little bluer than that (Irene Kelley / Mark Irwin)
  2- O Mexico (Irene Kelley / Michael Joyce)
  3- Not so different after all (Irene Kelley / Jeff Hughes)
  4- Scorns of time (Irene Kelley / Claire Lynch)
  5- It wasn't me (Irene Kelley / Mark Irwin)
  6- Dancin' shoes (Irene Kelley / Dave Gillon)
  7- Pilgrim in the rain (Irene Kelley / Kim Richey)
  8- Constant state of grace (Irene Kelley / Darrell Scott)
  9- Jealousy (Irene Kelley / Claire Lynch)
10- One fine day (Irene Kelley / Kim Patton-Johnston)
11- Never lookin' back (Irene Kelley / Billy Smith / Terry Smith)

Aux côtés d'Irene, sur cet album produit par Scott Neubert, on entend Bob Mummert (batterie), Joey Click (guitare basse), Victor Krauss (contrebasse), Aubrey Haynie (violon), Brent Truitt (mandoline), Scott Neubert (guitares électrique et acoustique, dobro, lap steel, mandoline) Peter Hyrka et Daniel Nadasdi (accordéons), Claire Lynch, Tim Hensley, Craig Fuller, Mel Besher et Kim Patton-Johnston (harmonies).
Ce premier disque, qui confirme les talents d'écriture de la dame, démontre à ceux qui en doutaient (au premier rang desquels figurent les deux grandes compagnies discographiques qui ne lui ont pas vraiment donné sa chance) qu'elle était née pour chanter. "Simple Path" est un album sans fioriture inutile, plein de mélodies inspirées portées par une voix qui surfe souvent sur la vague de l'émotion. Un beau premier pas.

En 2004, parait le second album, "Thunderbird" qu'Irene co-produit avec Scott Neubert. Celle fois encore, il y a onze titres, tous écrits ou coécrits par Irene Kelley:


  1- Highway (Irene Kelley / Claire Lynch)
  2- If I had any strength at all (Irene Kelley / Mark Irwin)
  3- Cold all the time (Irene Kelley / Bill Anderson)
  4- Somebody let the water in (Irene Kelley / Billy Crane)
  5- Thunderbird (Irene Kelley / Billy Smith)
  6- My sun and moon (Irene Kelley / Lisa Aschmann)
  7- Big girl now (Irene Kelley / Bernie Nelson)
  8- Burn down the house (Irene Kelley / Rand Bishop)
  9- Might unbreak my heart (Irene Kelley / Trent Summar)
10- Comin back from the moon (Irene Kelley)
11- I pray (Irene Kelley / Billy Yates)

On retrouve quelques-uns des partenaires de "Simple Path", tant parmi les co-auteurs que parmi les musiciens: Scott Neubert (guitares électrique et acoustique, dobro, lap steel, Tacoma papoose, mandoline), Bob Mummert (batterie), Mike Chapman (basse électrique), Mark Fain (basse acoustique), Stuart Duncan (violon et mandoline), Brent Truitt (mandoline), Claire Lynch, Jon Randall Stewart et Rodney Crowell (harmonies). La présence de ce dernier sur le titre "If I Had Any Strength At All" et une forme d'hommage au Hot Band et aux duos d'Emmylou et Gram.


Après ces deux albums country, Irene avait en elle le désir de faire un album plus orienté bluegrass, correspondant vraiment à ses racines, avec quelques-uns des meilleurs musiciens du genre. Mark Fain, qui a une carte de visite impressionnante (il a entres autres longtemps été le bassiste de Ricky Skaggs), fut chargé de la production et "Pennylvania Coal" vit le jour au début de l'an 2014. Il a été pour moi l'objet d'une grande frustration parce que j'aurais voulu en faire la chronique pour "Le Cri du Coyote". Hélas, l'ami Dominique Fosse, spécialiste incontestable de la musique de l'herbe bleue avait pris les devants pour en faire l'éloge, de fort belle manière (même si je me dois de lui faire remarquer - mesquine vengeance - que le batteur, à l'exception du titre bonus, est Lynn Williams et non Pat McInerney). L'album comporte, comme les précédents, onze titres, avec en plus un bonus qu'Irene chante avec ses deux filles:


  1- You don’t run across my mind (Irene Kelley / Peter Cooper)
  2- Feels like home (Irene Kelley / Peter Cooper)
  3- Pennsylvania coal (Irene Kelley / Thomm Jutz)
  4- Breakin’ even (Irene Kelley / Mark Irwin)
  5- My flower (Irene Kelley / Justyna Kelley)
  6- Rattlesnake rattler (Irene Kelley / Thomm Jutz)
  7- Sister’s heart (Irene Kelley / Jon Weisberger)
  8- Things we never did (Irene Kelley / David Olney / John Hadley)
  9- Angels around her (Irene Kelley / Billy Yates)
10- Better with time (Irene Kelley / Justyna Kelley / Peter Cooper)
11- Garden of dreams (Irene Kelley / David Olney / John Hadley)
          Bonus track
12- You are mine (Irene Kelley / Justina Kelley / Sara Jean Kelley)

Les instruments traditionnels du bluegrass sont là, tenus par des maitres du genre. Mark Fain est à la basse, Bryan Sutton à la guitare et au banjo ainsi qu'au dojo (banjo avec résonateur) sur un titre, Stuart Duncan au violon, Adam Steffey à la mandoline. Par rapport à une formation de bluegrass traditionnel, on a en plus la batterie de Lynn Williams (qui ne dénature pas l'ensemble). Participent également Thomm Jutz à la guitare, Jeff Taylor à l'accordéon et au hammer dulcimer, Irina jouant de l'autoharpe sur un titre. Ajoutons Scott Neubert (dobro) et Pat McInerney (batterie) pour la chanson bonus. Quant aux harmonies, elles sont assurées par un véritable who's who: Dale Ann Bradley, Steve Gulley, Claire Lynch, Justina Kelley, Trisha Yearwood, Bonnie Keen, Darren Vincent, Carl Jackson, Jerry Salley, Rhonda Vincent et Chip Davis. Un casting de rêve pour un grand et beau disque. Et quand on voit que les coauteurs s'appellent Peter Cooper, John Hadley, David Olney, Jon Weisberger et quelques autres, on a une idée du niveau de ce disque, un des meilleurs de la musique americana en 2014.


Pendant quelques-jours, Irene Kelley est en Europe où elle se produit avec sa fille Justyna. La Belgique, Paris, l'Italie, Disneyland Paris, et Nancy, pour terminer, le 20 septembre, seront ses étapes. Belle occasion de faire connaissance avec une artiste qui n'a pas encore chez nous la reconnaissance que son talent mérite.